«Note de lecture sur le livre de Paul WIENER, Peut-on en finir avec Hitler ? »

           

       Notre collègue et l’un des pères fondateurs de l’API, Paul WIENER, vient de publier, chez l’Harmattan, un ouvrage coécrit avec Miklos BOKOR, artiste d’origine juive hongroise comme lui, mais ancien déporté à Auschwitz à l’âge de 17 ans.

              L’ouvrage s’intitule : « Peut-on en finir avec Hitler ? ».

          Cette œuvre, très documentée, très riche, reprend de manière exhaustive tous les arguments en cause dans l’avènement du nazisme et de la « solution finale », en insistant bien sûr davantage sur les aspects psychopathologiques d’Hitler et de ses acolytes. Certes, Hitler était de structure psychotique, tantôt pervers, tantôt paranoïaque, avec un acharnement destructeur principalement contre les juifs, mais aussi contre tout ce qui n’était pas aryen et enfin contre le peuple allemand lui-même, en l’entraînant avec lui dans sa chute, prévisible dès la fin 41. Ce déchaînement destructeur lui a d’ailleurs permis de lutter contre des tendances dépressives avérées.

            Cette personnalité psychotique a pu trouver à se socialiser dans un monde en crise, en « régression narcissique » où la quête d’un imaginaire mégalomaniaque avait pris le pas sur les « liens objectaux ». C’est d’ailleurs l’originalité de ce livre qui montre finalement la parenté des nazis avec l’espèce humaine ordinaire, tiraillée entre « les investissements narcissiques et les investissements objectaux » selon les moments de son histoire. Cette parenté lui permet de tirer les leçons « pour en finir avec Hitler », ou plus exactement pour « en contenir son spectre » : ce n’est qu’au prix d’un effort permanent et de vigilance de tous que l’on pourra réprimer l’assassin qui existe en chacun de nous. Il manque sans doute à ce livre passionnant un aspect plus positif : il s’agit de prendre en compte surtout en cette période de printemps arabe, où les dictatures qui paraissaient inamovibles, voient leur pouvoir contesté par l’ensemble de leur population, parfois avec succès : la revanche des pulsions de vie à l’oeuvre également chez chacun d’entre nous, créatrices de liaisons, s’opposant aux pulsions de mort.

Sylvain BERDAH

Paru dans La Lettre de l’API  n° 31 Juin 2011

Association des Psychiatres de Secteur Infanto-Juvénile

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One Response to «Note de lecture sur le livre de Paul WIENER, Peut-on en finir avec Hitler ? »

  1. Robin says:

    La relation entre Adolf H. et son ami Kubizek e0 Vienne me reapplle un passage de la nouvelle Les Carnets du sous-sol de Dostoefevski voile0 une pre9figuration litte9raire. Vers la fin je n’y tins plus moi-meame : avec les anne9es je ressentais le besoin d’aller vers les hommes, d’avoir des amis. J’essayai donc de me rapprocher de certains de mes camarades ; mais il y avait toujours quelque chose de faux dans nos rapports qui tre8s vite prenaient fin. Une fois, pourtant, j’eus un ami. Mais j’e9tais de9je0 un despote dans l’e2me ; je pre9tendais dominer entie8rement son esprit, je voulais lui insuffler le me9pris envers son entourage, j’exigeais de lui qu’il brise2t de9finitivement et fie8rement avec son milieu. Mon amitie9 passionne9e l’e9pouvanta ; je le troublai jusqu’aux larmes, jusqu’aux convulsions. C’e9tait une e2me naefve et ge9ne9reuse. Mais de8s qu’il se fut donne9 e0 moi tout entier, je le de9testai et je le repoussai. Comme si je n’en avais eu besoin que pour remporter une victoire et m’en rendre maeetre. Mais je ne pouvais pas les vaincre tous. Mon ami, aussi, ne ressemblait e0 aucun d’eux ; c’e9tait une exception rare. Le sous-sol; A propos de neige fondue chapitre III, pages 743-744. Gallimard, Bibliothe8que de la Ple9efade; 1965.

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